3000 ans avant JC : Le thé est utilisé en Chine

 

Depuis la nuit des temps, l’homme s’est battu avec les éléments pour survivre.

En hiver ou en période de disette, racines, feuilles d’arbres et fruits séchés servaient à préparer des brouets de survie.

Aussi il est logique qu’une des plus anciennes recettes écrites de thé qui nous soit parvenue comprenait les ingrédients suivant : Sel, racine de gingembre, oignons, écorce de mandarine, feuilles de thé… et probablement tout ce qui tombait de comestible sous la main.

Il est aussi fort plausible qu’à l’instar des feuilles de coca, de maté de tabac ou de bétel le thé fut mâché pour ses propriétés énergétiques et antiseptiques buccales… D’ailleurs on mâche parfois encore les feuilles infusées dans certaines campagnes chinoises.

On sait qu’il y a au moins 3000 ans que le thé est consommé comme aliment et utilisé dans la pharmacopée chinoise. Un texte rédigé en 59 avant J.C. (dynastie des Han), raconte que la noblesse, les moines et les gens fortunés buvaient du thé au quotidien.

780 : Cha Jing

 

Vers 780 Lu Yu consignera, dans son Cha Jing (Classique du Thé), l’origine, les modes de culture, de fabrication et de préparation du thé.

À cette époque le thé était déjà un bien de grande valeur, faisant partie du tribut à verser à l’empereur et servait aussi de monnaie sous forme de brique compressée et estampillée.

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Dynastie Tang (618-907) : Thé bouilli

 

La dynastie Tang (618 – 907) était celle du thé bouilli. Pour mieux supporter les longues et rudes caravanes des routes du thé, de la Chine à la Mongolie, ainsi que du Yunnan au Tibet, on fabriquait des briques de thé compressé.

On pouvait aussi ajouter des ingrédients comme des oignons, du gingembre, du beurre… Le thé est toujours consommé de cette façon au Tibet, en Mongolie et de manière assez proche en Inde.

Cette technique primitive a aussi longtemps été pratiquée par les paysans du Japon, Laos, Vietnam… elle a le mérite d’être efficace et pratique, mais ce n’est certainement pas le « choix du gourmet » !

Dynastie Song (960 – 1279) : Thé battu en Poudre

 

C’est l’apogée du thé battu en poudre. Le thé était finement moulu par une meule en pierre avant d’être battu à l’eau par un fouet en bambou.

Cela produit une sorte de mousse de thé, agréable à boire, mais facilement amère et très théinée.

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1191 :  Importation au Japon

 

En 1191, la technique du thé battu en poudre fut importée au Japon par le moine Esai et qui perdure toujours dans le Chanoyu (On peut traduire en français : L’eau chaude pour le thé).

C’est aujourd’hui la cérémonie du Thé au Japon. Cette pratique très codifiée reste d’une beauté formelle et esthétique puissante, notamment dans les objets usuels. Le thé lui n’est pas nécessairement le meilleur que l’on puisse boire…

Chaque geste est signifiant mais un peu guindé et martial. La voix du samouraï n’est pas loin… d’ailleurs un des pères fondateurs du Chanoyu, Sen no Rikyû (1522-1591 en mourut en se faisant Seppuku (Hara-Kiri).

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Dynastie Ming (1368 – 1644) : Thé infusé

 

Sous la dynastie Ming, les méthodes d’affinage se sophistiquèrent ; le thé n’était plus en brique ou en poudre, mais en feuilles qu’on laissait infuser. Le thé fut importé en Europe à cette époque et donc consommé ainsi…

Jusqu’à la mainmise de l’industrie agroalimentaire sur un art millénaire, réduit en quelques décennies en un vague shoot de caféine et de sucre, en sachets, poudre et autres sodas en bouteille… Les cendres de Lu Yu ont dû se retourner dans leur urne )

Le marché du Thé et du Cheval, créé sous les Song (960 – 1279), permit à la Chine en échangeant du thé contre des chevaux avec les tribus Mongoles, de former sa puissante cavalerie militaire qui joua un rôle décisif dans la conquête et la protection de son immense empire.

Les tribus nomades du Nord-Ouest souffraient de maladies digestives chroniques, dues à une alimentation pauvre en fruits et légumes frais. Le thé leur apporta un réconfort qui leur devint vite indispensable, et prit dès lors une forte valeur de troc.

1560 : premières traces écrites

 

Une des premières traces écrites du thé en Europe date de 1560 avec le témoignage du Père Jésuite Portugais Jasper de Cruz qui en avait ramené de Chine.

XVIIème : 1 an et demi pour le voyage

 

Il faut en moyenne un an et demi à un navire français pour atteindre la Chine et en revenir avec une cargaison. L’obligation de relâcher pour se procurer de l’eau et des vivres, réparer les navires et reposer les équipages obligea chaque compagnie à établir des ports d’escale. Sans compter les naufrages, les maladies ou les pirates qui décimèrent nombre d’équipages. Autant dire que tout voilier qui quittait le port partait pour une aventure, mais lorsqu’il rentrait les cales chargées de marchandises jusqu’à la gueule, c’était le jack-pot !

1600 : British East India Company

 

La Compagnie britannique des Indes orientales (d’abord anglaise, puis britannique sous le nom de British East India Company, BEIC) a été créée le 31 décembre 1600 par une charte royale de la reine Élisabeth Ire d’Angleterre lui conférant pour 20 ans le monopole du commerce dans l’océan Indien.

1602 : Vereenigde Oost-Indische

 

La Compagnie néerlandaise des Indes orientales (connue en néerlandais sous le nom de Vereenigde Oostindische Compagnie, dans sa graphie moderne Vereenigde Oost-Indische Compagnie, ou VOC, littéralement « Compagnie unie des Indes Orientales ») est une compagnie de commerce créée par les Provinces-Unies en 1602.

Elle est pendant près de deux siècles l’un des piliers de la puissance du capitalisme et de l’impérialisme néerlandais. Dissoute en 1799, la compagnie est connue pour avoir été l’une des entreprises capitalistes les plus puissantes qui ait jamais existé, contribuant fortement à l’Histoire des bourses de valeurs.

1606 : Premier navire hollandais

 

Puis en 1606, un navire de la Vereenigde Oost Indiche Compagnie embarqua à Java quelques caisses de thé, troquées contre de la sauge.

Le thé vert supportant mal les longs voyages en cale humide et peut-être aussi par goût ou similitude au café, le thé importé en Europe fut essentiellement du thé noir. Le thé fut longtemps un produit de grand luxe, c’est d’ailleurs ce qui en fit son succès auprès de l’aristocratie et son échec auprès du peuple…

Le jésuite Alexandre de Rhodes qui avait passé 25 ans en Extrème-Orient (de 1619 à 1645) était devenu un accro au thé dont il ventait les bienfaits en ses termes : « Pour moy, quand j’avais la migraine, en prenant du thé, je me sentais si bien soulagé, qu’il me semblait qu’ôme tirait avec la main tous mon mal de teste ».

En 1658 il nous donnait de précieuses informations sur les prix du thé : « Les Hollandais apportent de Chine le tay à Paris et le vendent à 30 Francs la livre, qu’ils ont acheté en ce pays-là, 8 et 10 sols, et encore vois-je qu’il est fort viel et gâté ».

Converti au cours actuel de l’euro (en prenant le prix de la main d’œuvre) cela fait un prix de vente de 760€ / kg pour un prix d’achat de 6,10€ / kg… soit du 12500% de bénefs ! Certes le transport était onéreux et long, mais les marges très confortables…

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1638 : Fermeture du Japon à l’Occident 

 

En 1638, le Japon ferma ses ports à l’Occident pour plus de deux siècles.

La Chine devint alors la seule source d’approvisionnement en thé. N’ayant pu, comme pour l’Inde, conquérir militairement la Chine alors trop puissante, les Britanniques, vers la fin du XVIIIe siècle, appliquèrent la stratégie du pourrissement intérieur.

Car en effet, l’Angleterre subissait un énorme déficit commercial avec la Chine. Celle-ci étant peu encline à échanger son thé contre les productions occidentales qu’elle considérait comme grossières, l’Angleterre était forcée de payer cash et en monnaie d’argent.

1638 : Arrivée du thé en Russie

 

Le thé s’est plus au moins bien répandu dans les pays européens, en concurrence avec le café et le chocolat, et s’il eut ses heures de gloire, il termina souvent bon second comme en France ou en Hollande, où n’eut que peu d’impact comme en Italie ou en Espagne.

En Russie où pourtant la Chine est bien plus proche et accessible par voie terrestre ce n’est qu’en 1638, qu’arrivérent à la cours du Tsar Michel Fedorovitch, 64 kg de thé rapportés par l’ambassadeur Vassili Starkov.

Dès 1670 on trouvera du thé dans toutes les boutiques de Moscou, et il deviendra rapidement la boisson favorite de toutes les classes de la société russe.

1653 : début du commerce du thé en Angleterre

 

Le thé est rapidement devenu une boisson importante en Angleterre et dans ses colonies.

En 1653, les premières caisses furent débarquées et vendues aux enchères à Londres, où le thé devint rapidement « tendance » parmi l’aristocratie et les classes aisées.

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1657 : Premier coffee House à Londres 

 

Alors que le commerce du café s’était imposé depuis quelques années, Thomas Garway fut un des premiers établissements à offrir du thé à la vente, dès 1657.

Trois ans plus tard, il afficha une pancarte qui vantait les vertus supposées du thé pour : « Thé 6 à 10£ la livre, pour rendre le corps actif et vigoureux, et préserver sa santé jusqu’à son vieil âge » (une fortune pour l’époque et qui correspondrait de nos jours à des thés de 108 à 180€ les 100gr).

En 1700, plus de 500 Coffee Houses en vendent.

1664 : Compagnie Française des Indes Orientales

 

La Compagnie des Indes orientales – plus précisément Compagnie française pour le commerce des Indes orientales – est une entreprise coloniale française créée par Colbert en 1664.

L’objet était de « naviguer et négocier depuis le cap de Bonne-Espérance presque dans toutes les Indes et mers orientales », avec monopole du commerce lointain pour cinquante ans.

1784 : Commutation Act

 

La « Commutation Act », Baissa la taxe sur thé de 119% à 12,5%, mettant ainsi fin à la contrebande, mais pas au thé frelaté qui resta, et à vrai dire, reste toujours un problème !

Ne serait-ce que par les tonnes de mélanges parfumés ou de soda vendues comme « thé » de par le monde.

Fin XVIII : Taxe importante

 

En 1750, le thé est devenu la boisson favorite des classes laborieuses et le gouvernement tente bien sûr, de profiter au maximum de cette addiction. Vers le milieu du XVIIIe siècle, les taxes sur le thé ont atteint le taux astronomique de 119% !

Cette lourde imposition a pour effet de créer un nouveau business : la contrebande de thé ! Importé de Hollande ou de Scandinavie par mer, les pécheurs locaux trouveront une activité plus que lucrative.

Car même le thé de contrebande restait cher et son commerce très rentable. Prohibition oblige, les contrebandiers ont commencé à le couper avec d’autres feuilles, saule, réglisse, prunellier, ou tout bonnement du thé usagé !

Début XIX

 

En asservissant les Chinois à l’opium, les Anglais imposèrent un système de vente triangulaire : l’opium produit à faible coût dans leurs colonies indiennes était échangé en Chine contre du thé revendu très cher en Europe.

1825 : Bénéfice de la vente d’opium couvre les dépenses

 

Comme le commerce de l’opium était illégal en Chine, les règlements des passeurs étaient effectués par la Company à Canton.

A partir de 1825, les bénéfices du trafic d’opium permirent de couvrir presque en totalité l’achat du thé.

1838 : 1400 tonnes d’opium en Chine

 

En 1838, bien que théoriquement les trafiquants encouraient la peine de mort, la corruption aidant, ce ne sont pas moins de 1 400 tonnes d’opium pur qui furent importées en Chine.

1839 : Première guerre de l’Opium

 

La Chine prévoit de faire cesser le trafic d’Opium dans le pays. Les mesures entraînent une réaction britannique, qui finit sur une guerre.

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1850 : 20% de la population Chinoise consomme de l’opium

 

Sur les 450 millions d’habitants que comptait la Chine en 1850, la consommation passa de moins de 0,5% à plus de 20% de la population masculine en quelques décennies. La substance en elle-même était connue depuis des siècles.

Élément traditionnel de la pharmacopée chinoise, utilisée pour calmer douleurs, fièvres, maux de gorge ou digestifs…

Pour les plus aisés, fumer l’opium avec ses hôtes ou amis était un acte de convivialité traditionnel, qui passa de drogue récréative à une sorte d’opiomanie mondaine.

Détail amusant, les Chinois considérant l’opium comme substance Yin, on servait toujours du thé avec, plutôt Yang, pour harmoniser ses effets…

1859 : Seconde guerre de l’Opium

 

Peu de temps après la première, les Anglais ne sont pas satisfait des accords, et en veulent encore plus. Ils déclenchent alors une Seconde guerre de l’Opium

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1860 : Autorisation de l’importation et du commerce de l’opium

 

Finalement le pouvoir impérial finit par s’opposer violemment à ce poison, mais trop tard, la corruption et le laxisme avaient gagné toutes les couches de l’administration et de l’armée, dont les généraux « palpaient » grassement sur ce juteux trafic et n’avaient aucune envie de faire la guerre à leurs généreux donateurs.

Après la première, puis la deuxième guerre de l’opium qu’elle perdit en 1860, la Chine dut autoriser son importation et son commerce.

De plus elle dut baisser ses tarifs douaniers, ouvrir ses ports et son territoire à l’Occident, céder Hong Kong aux Britanniques et verser un lourd tribut de guerre (sans compter le pillage culturel des armées françaises et anglaises).

Elle perdit aussi le territoire du Viet-Nam spolié par la France et la Corée en profita pour déclarer son indépendance.